France

Lycéens dans la rue : l’ONU demande une force proportionnée

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme se dit inquiet des violences liées aux manifestations de lycéens en France et appelle à un usage proportionné de la force.

Hervé Blondel Par Hervé Blondel
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Lycéens dans la rue : l’ONU demande une force proportionnée
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L’instance onusienne chargée des droits humains s’est dite préoccupée, vendredi 9 octobre, par les débordements qui accompagnent la mobilisation des lycéens en France. Par la voix d’une porte-parole, elle demande des rassemblements pacifiques et un emploi mesuré de la force par la police et la gendarmerie. Selon RFI, les syndicats lycéens et étudiants appellent de leur côté à poursuivre la mobilisation.

En bref

  • Par la voix d’une porte-parole, elle demande des rassemblements pacifiques et un emploi mesuré de la force par la police et la gendarmerie.
  • Ce soir-là, une vidéo montre un policier assénant un coup de genou au visage d’un manifestant.
  • Le Parisien précise par ailleurs que la plateforme de concertation lancée lundi a recueilli 60 277 contributions entre le 6 et le 8 octobre, l’organisation du temps scolaire arrivant en tête des sujets abordés.

Ce qu’a déclaré l’ONU depuis Genève

La porte-parole du Haut-Commissariat, Shabia Mantoo, s’exprimait lors d’un point de presse à Genève. Selon elle, l’instance observe avec préoccupation les troubles survenus autour des défilés d’étudiants et des blocages d’établissements, certains ayant tourné à la violence. Elle a aussi rappelé qu’il faut garantir la liberté de se rassembler pacifiquement, et appelé chacun à garder des cortèges calmes, tandis que policiers et gendarmes doivent répondre avec proportion.

Il s’agit d’un rappel de principe, et non d’une accusation visant un fait précis : l’ONU ne désigne ici ni une unité ni une opération. Orange souligne que l’instance a rappelé le droit aux rassemblements pacifiques et appelé à la stricte proportionnalité de la réponse policière.

Un mouvement né le 17 septembre

La contestation a débuté le 17 septembre, à six mois de l’élection présidentielle. D’après RFI, les lycéens réclament de meilleures conditions d’apprentissage, une rénovation du bâti scolaire et la suppression de la sélection opérée par la plateforme d’orientation Parcoursup. Dans les cortèges, le rejet des violences policières est presque aussi présent que ces demandes.

Par moments, le mouvement a dégénéré : du mobilier urbain a été détruit, des poubelles et des bâtiments ont brûlé. Le gouvernement qualifie ces actes d’« inqualifiables », tandis que la réponse policière est vivement critiquée.

Des blessures graves et une enquête de l’IGPN

Lundi, à Lens, une grenade a arraché la main d’un adolescent de 15 ans. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage de l’un de ses yeux pendant un blocus. Le parquet parle de lésions cohérentes avec un tir de lanceur de balles de caoutchouc.

Jeudi 8 octobre à Paris, les forces de l’ordre ont évacué la place de la Bastille, où se trouvaient plusieurs dizaines de milliers de personnes, en début de soirée et en employant du gaz lacrymogène. Le ministère de l’Intérieur a compté plus de 71 000 manifestants dans toute la France ce jour-là, rapporte Le Parisien.

Ce soir-là, une vidéo montre un policier assénant un coup de genou au visage d’un manifestant. La Croix indique que le parquet a saisi d’initiative l’Inspection générale de la police nationale d’une enquête en flagrance pour violence par personne dépositaire de l’autorité publique, avec une incapacité de travail supérieure à huit jours. La préfecture de police de Paris avait de son côté annoncé une enquête administrative.

Orange mentionne aussi un véhicule tout-terrain de la police filmé fonçant vers des lycéens à Dunkerque, ainsi qu’une lieutenante stagiaire de la police parisienne, isolée et frappée jeudi dans le XXe arrondissement. Face aux accusations de violences policières, le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu les forces de l’ordre.

Boucliers stroboscopiques et pancartes confisquées

Deux pratiques ont nourri la polémique. D’abord, des forces de l’ordre ont été vues à Paris avec des boucliers émettant des flashs lumineux. Le ministère de l’Intérieur parle d’une expérimentation. Selon une source policière, ces boucliers visent à empêcher les jets de projectiles, mais leurs détracteurs jugent qu’ils empêchent de filmer l’action des forces de l’ordre et que les flashs sont nocifs pour la santé.

Ensuite, des pancartes ont été confisquées par des gendarmes lors des défilés parisiens des 6 et 8 octobre. La sénatrice socialiste de Seine-Saint-Denis Corinne Narassiguin dénonce une pratique illégale.

Le bilan judiciaire

La Chancellerie a fourni vendredi les chiffres suivants pour la période écoulée depuis la mi-septembre.

  • Plus de 6 800 personnes placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs.
  • 2 376 personnes poursuivies, dont 65 % ont été déférées.
  • 21 placements en détention provisoire, concernant 15 majeurs et 6 mineurs.

Une source de l’exécutif évalue les dégâts à au moins 30 millions d’euros. Le ministère de l’Éducation nationale, lui, indique que 141 lycées, soit moins de 4 % des 3 700 établissements du pays, étaient fermés vendredi, un niveau stable par rapport à la veille.

Quelle suite pour la mobilisation

La même source de l’exécutif décrit une nette décélération du mouvement, avec une dynamique très localisée, due selon elle à une politisation locale ou à un vrai problème local. Les établissements fermés se situent surtout dans le nord et le grand ouest du pays, ainsi qu’autour de Lyon.

Jeudi soir sur TF1, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé que 3 000 professeurs remplaçants seront envoyés dans les lycées les plus en difficulté. Le syndicat Les Étudiants reste très réservé : s’il reconnaît des progrès sur la démocratie scolaire, il déplore que le ministre n’ait rien dit de Parcoursup, tout en rapportant une promesse de plus de transparence, avec l’anonymisation du lycée d’origine.

Faute de réponses d’ensemble, l’intersyndicale étudiante et professionnelle appelle à manifester et à faire grève mardi 13 octobre, peu avant les vacances scolaires. Le gouvernement et les représentants des jeunes sont convenus de continuer à échanger d’ici cette date. Le Parisien précise par ailleurs que la plateforme de concertation lancée lundi a recueilli 60 277 contributions entre le 6 et le 8 octobre, l’organisation du temps scolaire arrivant en tête des sujets abordés.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Groov3. Licence : CC0.