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Char MGCS : Paris et Berlin se contredisent sur son avenir

Le chef d’état-major français a évoqué un retrait de Berlin, avant que les deux ministres des Armées affirment que le MGCS n’est pas abandonné.

Clarisse Moulin Par Clarisse Moulin
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Char MGCS : Paris et Berlin se contredisent sur son avenir
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En vingt-quatre heures, le programme de char franco-allemand MGCS a fait l’objet de deux messages opposés. Le jeudi 8 octobre, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a affirmé devant des parlementaires que Berlin quittait le projet. Le vendredi 9 octobre, la ministre française des Armées et son homologue allemand ont soutenu l’inverse. Voici ce que rapportent L’Express et franceinfo, et ce que l’on peut en dire pour l’instant.

En bref

  • Le jeudi 8 octobre, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, a affirmé devant des parlementaires que Berlin quittait le projet.
  • Le ministère des Armées y voyait une « révolution » du domaine terrestre.
  • En attendant, les citations ci-dessus restent les seuls éléments établis : un chef d’état-major qui parle d’un retrait allemand, deux ministres qui affirment que le projet n’est pas abandonné.

Deux versions à un jour d’écart

D’après L’Express, le général Mandon s’exprimait lors d’une audition devant la commission de la Défense nationale. Il a jugé que les résultats du programme n’étaient pas bons et que « les Allemands ont décidé de se retirer du projet ». Il a rappelé que les chefs d’état-major des deux armées de terre avaient signé ensemble un texte exposant des besoins partagés, puis a ajouté qu’il s’agissait d’un choix allemand important, et que « on n’est plus dans les choix militaires ». Le média indique qu’il a ainsi renvoyé la responsabilité politique de l’échec vers le gouvernement de Berlin.

Le lendemain, la ministre des Armées Catherine Vautrin et le ministre allemand Boris Pistorius se sont exprimés côte à côte au Haillan, dans le Sud-Ouest. franceinfo rapporte que Catherine Vautrin a dit vouloir, avec son collègue, assurer que le MGCS reste « un projet d’actualité ». Boris Pistorius s’est déclaré entièrement d’accord : selon lui, le projet « n’est pas terminé », « n’est pas abandonné » et « personne ne l’a arrêté ». Il a décrit ce programme comme un projet phare de la coopération entre les deux pays.

Les deux discours ne sont pas forcément contradictoires sur tous les points. Les sources consultées ne permettent pas de trancher entre ces lectures, et chaque camp reste attribué à celui qui l’a formulé.

Un système de systèmes en difficulté

Le MGCS, sigle anglais de « Main Ground Combat System », doit succéder au Leopard 2 allemand et au Leclerc français vers 2040. L’Express indique que Berlin et Paris avaient convenu en 2017 d’y travailler, tandis que franceinfo situe son lancement en 2018. Le ministère des Armées y voyait une « révolution » du domaine terrestre. Le programme n’avait pas été imaginé comme un simple char : il visait un « système de systèmes », c’est-à-dire un char accompagné d’autres véhicules, habités ou non.

L’Express relève des retards et une baisse des contributions budgétaires. Dans le communiqué diffusé après son audition, le général Mandon explique que l’offre industrielle remise début 2026 ne permettait pas de remplacer les chars actuels, ce qui reste nécessaire à l’horizon 2037. Il précise aussi que la partie allemande a choisi de lancer une étude nationale pour remplacer le Leopard 2. Selon le même média, le MGCS se limitera désormais à un dispositif d’interopérabilité entre les chars que chaque pays construira séparément.

Des voies nationales de chaque côté du Rhin

Le calendrier du MGCS étant repoussé vers la fin des années 2040, la France a opté pour une capacité intermédiaire, d’après le communiqué du chef d’état-major. Chaque pays avance en parallèle sur son propre projet.

  • Côté français, KNDS France a présenté en juin, au salon Eurosatory, une capacité intermédiaire montée sur un châssis de Leopard 2 et dotée d’un canon Ascalon de 120 millimètres. Elle peut être épaulée par un ou plusieurs véhicules autonomes. Un démonstrateur est prévu pour la direction générale de l’armement en 2030, avec des premières livraisons espérées en 2035 et une arrivée dans les régiments en 2037.
  • Côté allemand, l’Office fédéral des cartels a approuvé le 14 décembre 2025 une coopération entre KNDS Deutschland et Rheinmetall pour un nouveau char national, que la presse spécialisée surnomme « Leopard 3 ». Il devrait recevoir un nouveau moteur et un canon de 130 mm conçu par Rheinmetall, pour une entrée en service envisagée dans les années 2030.

Le Leclerc, présent dans l’armée française depuis les années 1990, doit quant à lui être retiré en 2038. Le calendrier de remplacement conditionne donc directement les choix des armées de terre.

Après l’échec du Scaf

L’Express replace l’annonce du général Mandon quatre mois après l’officialisation de l’échec du système de combat aérien Scaf. Des désaccords sur la gouvernance avaient tendu les deux partenaires pendant plusieurs années avant la fin de ce projet. De son côté, franceinfo décrit des coopérations industrielles militaires franco-allemandes en grande difficulté, que l’abandon du Scaf illustre déjà.

L’Express rappelle que ces coopérations avaient pourtant donné, au siècle dernier, les missiles Hot, Milan et Roland, ainsi que l’hélicoptère Tigre. Il en tire un constat sévère : après le Scaf et le MGCS, il ne reste pas grand-chose de ce partenariat dans le domaine de la défense.

Reste à savoir si de nouvelles précisions officielles viendront clarifier le statut exact du programme. En attendant, les citations ci-dessus restent les seuls éléments établis : un chef d’état-major qui parle d’un retrait allemand, deux ministres qui affirment que le projet n’est pas abandonné.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Staff Sgt. Kathleen Polanco, 7th Army Training Command. Licence : Public domain.