Kerry James Marshall, première rétrospective en France au Musée d’Art moderne de Paris
Un monochrome noir de 1986, des scènes colorées du quotidien afro-américain et cinq toiles inédites sur la traite transatlantique figurent dans le parcours de cet artiste américain.
En bref
- Premier accueil en France pour l’artiste afro-américain, avec une rétrospective majeure à Paris.
- Son monochrome de 1986 pose les bases d’une réflexion sur la « noiritude ».
- Cinq tableaux inédits abordent le rôle de certains Africains dans la traite transatlantique.
Donner aux personnes noires, d’Amérique comme d’Afrique, la place centrale qui leur a longtemps été refusée dans la peinture occidentale et dans le récit de son histoire : telle est la mission que s’est fixée Kerry James Marshall, selon RFI. Reconnu comme une figure majeure de la peinture contemporaine, il est invité pour la première fois en France, où le Musée d’Art moderne de Paris lui consacre une rétrospective majeure.
Cet artiste afro-américain est célèbre aux États-Unis depuis plus de 40 ans. Il explique sa démarche en ces termes : « Donc moi, en tant qu’artiste afro-américain, je veux voir des images de personnes noires au centre des tableaux, et pas de manière occasionnelle. Je veux les voir tout le temps ». Cette exigence structure l’ensemble de son travail, des premières toiles aux plus récentes.
Un monochrome de 1986 et la « noiritude »
Le parcours s’appuie sur un grand monochrome noir réalisé en 1986. Deux petits yeux blancs rieurs et une rangée de dents dessinent un sourire éclatant : derrière ce visage à peine visible, on reconnaît les codes d’une caricature raciste. Avec cette toile, Marshall pose les bases de son œuvre.
Il interroge ensuite la « noiritude ». Ses personnages hyperréalistes ne sont ni marron ni bruns : leur teinte est un noir d’ivoire, proche de celle du charbon. L’artiste l’affirme : « Ces figures sont factuellement noires. C’est de la peinture noire. » Par ce choix, il vise à replacer dans l’histoire de l’art des figures noires restées invisibilisées.

Du quotidien aux références savantes
Sur des fonds très colorés, le peintre montre la vie de tous les jours des Afro-Américains : chez le barbier, au café, en famille. Une scène de repas champêtre sur la rive d’un lac renvoie à la manière de Seurat, et des couples enlacés évoluent dans des paysages bucoliques dignes du rococo.
Kelly Christina Grant, conseillère scientifique de l’exposition, souligne l’érudition du peintre : « Il a une culture phénoménale. » Selon elle, l’artiste a étudié dans sa jeunesse les grands maîtres pour composer des tableaux majestueux et puissants, en dialogue avec l’histoire de l’art. Elle précise que ces œuvres, pleines de symboles et de détails, offrent plusieurs niveaux de lecture : une pochette d’album de Lauryn Hill apparaît en haut d’une composition, tandis qu’une autre place en son centre une figure anamorphique censée figurer la Belle au bois dormant de Disney. Dans ce tableau, l’artiste interroge les canons occidentaux, et seuls les enfants semblent intrigués par cette figure, quand les adultes ne se soucient plus de ces standards.
Face à des toiles monumentales
Les tableaux sont de grand format. Les personnages, presque à taille humaine, regardent souvent le visiteur droit dans les yeux. Selon RFI, ces œuvres monumentales entendent aussi faire de la peinture un moyen de réparer, face aux guerres de mémoire et aux réécritures de l’histoire qui marquent notre époque.
Photo : Guilhem Vellut / Wikimedia Commons, CC BY 2.0