Paris a renvoyé deux agents nigériens, une décision restée discrète jusqu’au 9 octobre
Postés à l’ambassade du Niger à Paris, les deux hommes ont été déclarés persona non grata le 16 septembre ; la mesure n’a été révélée que le 9 octobre.
Le 16 septembre, la France a déclaré « persona non grata » deux agents du renseignement nigérien affectés à l’ambassade du Niger à Paris, qui ont dû partir du territoire français. La mesure n’a été rendue publique que le vendredi 9 octobre, par une source diplomatique, après une information du quotidien Le Monde, selon Le Figaro et Le Parisien.
En bref
- La mesure n’a été rendue publique que le vendredi 9 octobre, par une source diplomatique, après une information du quotidien Le Monde, selon Le Figaro et Le Parisien .
- Entre Paris et Niamey, la tension est montée jusqu’à une quasi-rupture diplomatique à la suite du putsch du 26 juillet 2023, lors duquel le général Abdourahamane Tiani a destitué Mohamed Bazoum, le président élu démocratiquement.
- Pour l’heure, ni les autorités nigériennes ni le Quai d’Orsay ne se sont exprimés publiquement sur le dossier, hors la confirmation transmise à RFI.
Une expulsion connue près de trois semaines après les faits
« Deux agents de l’ambassade du Niger à Paris ont été déclarés persona non grata le 16 septembre et ont quitté le territoire français », a déclaré la source diplomatique citée par ces deux journaux. RFI précise, d’après Le Monde, que les deux hommes ont quitté la France trois jours après la décision. Ils appartenaient à l’agence de renseignement du Niger, indique la radio.
Le ministère français des Affaires étrangères, contacté par RFI, a confirmé l’expulsion. Interrogé par l’AFP, le Quai d’Orsay n’a en revanche fait aucun commentaire.
Deux versions sur les raisons de la mesure
Du côté français, la source diplomatique justifie la décision par l’absence de coopération entre les deux pays. Il s’agit, a-t-elle expliqué, de deux agents qui « n’avaient plus de raison d’être présents » dans ce contexte, dans un contexte où les relations bilatérales se sont nettement détériorées depuis la prise du pouvoir par une junte à Niamey en 2023.
Le Monde, qui s’appuie sur une source nigérienne, avance un autre élément : l’un des deux agents était notamment soupçonné de surveiller des opposants nigériens installés sur le sol français. Ce soupçon n’est rapporté que par cette seule source et n’a fait l’objet d’aucun commentaire officiel à Paris. Il faut donc le lire comme une allégation, non comme un fait établi.
Une relation quasi rompue depuis le coup d’État de 2023
Entre Paris et Niamey, la tension est montée jusqu’à une quasi-rupture diplomatique à la suite du putsch du 26 juillet 2023, lors duquel le général Abdourahamane Tiani a destitué Mohamed Bazoum, le président élu démocratiquement. À la fin d’août 2023, la junte a exigé le départ de Sylvain Itté, ambassadeur de France. Les autorités françaises l’ont rappelé un mois plus tard, au terme de plusieurs semaines pendant lesquelles la mission diplomatique était bloquée.
Le général Tiani a ensuite dénoncé unilatéralement l’ensemble des accords militaires conclus avec la France, ce qui a contraint les quelque 1 500 militaires français présents au Niger à partir. En décembre 2023, la France a fermé pour de bon son ambassade à Niamey, une décision rare, jugeant que la mission ne pouvait plus travailler normalement à cause des obstacles dressés par la junte.
Les autorités françaises ne reconnaissent pas la junte : pour elles, le seul dirigeant légitime reste toujours Mohamed Bazoum. L’ambassade du Niger à Paris est pourtant restée ouverte malgré ce climat dégradé, ce qui explique que des agents nigériens aient pu y être en poste jusqu’à cette expulsion.
Un nouveau durcissement
Le média coréen JKN, qui reprend les informations de l’AFP, voit dans cette mesure un nouveau durcissement des relations bilatérales. RFI rappelle de son côté que depuis l’arrivée du général Tiani au pouvoir il y a trois ans, les relations avec Paris sont décrites comme exécrables. Selon la radio, le chef de la junte impute régulièrement à la France la résurgence du jihadisme au Sahel, et jusqu’à la mutinerie du 29 août dernier à Niamey.
Dans ce contexte, l’expulsion de septembre illustre un paradoxe diplomatique : alors que l’ambassade de France à Niamey est fermée depuis près de trois ans et que la coopération est suspendue, la représentation nigérienne à Paris continue de fonctionner, mais avec un personnel désormais réduit de deux agents de renseignement. Aucune réaction officielle de Niamey n’était mentionnée dans les sources consultées au moment de la publication de ces informations.
Reste à savoir si le gouvernement nigérien répondra à cette mesure. Pour l’heure, ni les autorités nigériennes ni le Quai d’Orsay ne se sont exprimés publiquement sur le dossier, hors la confirmation transmise à RFI.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Chabe01. Licence : CC BY-SA 4.0.