En Allemagne, un ancien chef du BND soupçonné d’avoir reçu 2 000 documents contre paiement
L’ancien dirigeant du BND et son ex-directeur de cabinet sont soupçonnés d’avoir alimenté pendant douze ans un échange rémunéré d’informations sensibles, dont certaines auraient servi à préparer une analyse pour un officier étranger.
August Hanning, ancien patron du renseignement extérieur allemand, et son ex-directeur de cabinet ont été arrêtés mardi 6 octobre dans une affaire de documents secrets.
Les deux anciens responsables du Service fédéral de renseignement allemand, le BND, sont soupçonnés d’avoir participé à un circuit rémunéré d’informations sensibles pendant une période pouvant atteindre douze ans. L’enquête porte sur environ 2 000 documents qui auraient été transmis entre 2010 et 2022.
Les soupçons ne sont cependant pas identiques pour les deux hommes. Manfred D., ancien directeur de cabinet d’August Hanning, est présenté comme celui qui aurait régulièrement fourni les informations provenant du BND. August Hanning aurait été leur destinataire et les aurait exploitées dans le cadre de son activité privée. Les faits restent à ce stade des accusations faisant l’objet d’une enquête.
Quatre qualifications visant August Hanning
August Hanning est soupçonné d’espionnage, de collecte d’informations couvertes par le secret d’État, de tentative de haute trahison et d’activité pour un service de renseignement étranger. Ces qualifications portent sur des faits présumés postérieurs à son passage à la tête du BND.
L’arrestation de Manfred D. est liée au rôle que les enquêteurs lui attribuent dans l’approvisionnement de ce circuit. Ancien directeur de cabinet d’August Hanning, il aurait continué à disposer d’un accès à des informations sensibles du service. Le dossier décrit ainsi une relation entre un responsable resté au BND et un ancien supérieur devenu consultant privé.
Selon RFI, les deux hommes ont été interpellés le même jour et sont soupçonnés d’avoir mis en place cet échange de documents pendant plus d’une décennie. Cette durée est un élément central de l’affaire, puisqu’elle situe le début présumé des transmissions en 2010 et leur poursuite jusqu’en 2022.
L’accusation de tentative de haute trahison visant August Hanning s’ajoute donc aux soupçons concernant l’obtention et l’utilisation d’informations secrètes. Elle ne signifie pas qu’une culpabilité a été établie. Les informations publiées ne permettent pas non plus d’affirmer que les documents ont effectivement profité à un État déterminé.
Des informations du BND transmises contre rémunération
Le mécanisme présumé repose sur un accord qui aurait été conclu en 2010. Manfred D. aurait alors accepté de communiquer régulièrement à August Hanning des informations sensibles issues du BND. En contrepartie, il aurait reçu une rémunération.

August Hanning aurait pu utiliser ces renseignements à des fins lucratives dans son activité de consultant privé. Le soupçon porte donc sur un flux suivi d’informations et non sur la remise isolée d’un seul document. La régularité alléguée, le paiement présumé et la durée du dispositif en constituent les trois caractéristiques principales.
Le volume évoqué donne une mesure de l’ampleur supposée du circuit. Environ 2 000 documents auraient circulé sur douze ans, jusqu’en 2022. Certaines informations fixent la fin de cette période au mois de juin. Ce total ne constitue pas un décompte définitif rendu par un jugement, mais l’ordre de grandeur associé à l’enquête en cours.
L’Opinion rapporte que ces documents auraient été obtenus entre 2010 et 2022 et qu’ils auraient alimenté les activités privées de l’ancien haut fonctionnaire. Le journal indique également que l’accusation ne se limite pas à cette exploitation commerciale présumée.
L’expression « trafic de documents » désigne ici ce schéma allégué de transmission répétée contre paiement. Elle ne doit pas être comprise comme la constatation judiciaire définitive d’un système organisé. L’enquête doit encore déterminer la nature précise des pièces concernées, les conditions de chacune des transmissions et l’utilisation qui en a été faite.
Une analyse préparée pour un officier étranger
Une partie des contenus classifiés aurait servi à August Hanning pour rédiger une analyse destinée à un officier appartenant à un service de renseignement étranger. Ce volet explique pourquoi l’affaire dépasse le seul soupçon d’exploitation privée d’informations provenant du BND.
Le destinataire est décrit par sa fonction, mais son pays n’est pas établi dans les informations confirmées. Il n’est pas davantage démontré que cette analyse lui a effectivement été remise. Le fait reproché à August Hanning porte sur sa préparation à partir de contenus classifiés et sur sa destination présumée.
Cette distinction est déterminante. Le dossier associe, d’une part, l’acquisition régulière et rémunérée d’informations sensibles et, d’autre part, leur utilisation alléguée pour produire un document à l’intention d’un officier étranger. Il ne permet pas d’identifier avec certitude un État bénéficiaire ni d’établir que l’ensemble des quelque 2 000 pièces a été communiqué à un service extérieur.
Les accusations visant August Hanning couvrent ainsi plusieurs étapes présumées : recevoir des informations issues du BND, les exploiter dans son activité de consultant et mobiliser certains contenus secrets pour une analyse destinée à un interlocuteur du renseignement étranger. Manfred D. est, pour sa part, soupçonné d’avoir assuré la transmission régulière des renseignements contre paiement.
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