Nobel de la paix 2026 : la juriste Navi Pillay récompensée à 85 ans
La juriste sud-africaine de 85 ans, qui a dirigé la commission d’enquête sur Gaza, a appris sa victoire dans la salle des procès de Nuremberg.
Le prix Nobel de la paix 2026 revient à Navanethem Pillay, juriste sud-africaine plus connue sous le nom de Navi Pillay. Le comité Nobel norvégien a rendu son choix public le vendredi 9 octobre, en distinguant son action pour la paix et pour le droit international. À 85 ans, la lauréate siège aujourd’hui à la Cour internationale de justice.
En bref
- Le comité Nobel norvégien a rendu son choix public le vendredi 9 octobre, en distinguant son action pour la paix et pour le droit international.
- Navi Pillay voit le jour à Durban le 28 septembre 1941, dans un foyer modeste : son père conduisait des bus.
- C’est aussi la douzième fois que la distinction revient à un lauréat ou à une organisation originaire d’Afrique.
Une nouvelle apprise dans la salle des procès nazis
Au moment de l’annonce, Navi Pillay était à Nuremberg, en Allemagne, dans l’enceinte du tribunal, où se tenait un sommet consacré au droit international. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a filmé sa réaction puis publié la vidéo sur X. Sous les applaudissements, la juriste a lancé, hilare, qu’elle partagerait peut-être sa récompense avec Donald Trump si la salle redoublait d’ardeur, avant d’ajouter qu’en tant que juge elle préférait vérifier l’information. Cette pique renvoyait à Maria Corina Machado, lauréate de l’an dernier, qui avait remis sa propre médaille à Donald Trump dès janvier.
Lors d’une conférence de presse tenue dans la même ville, elle a vu dans cette coïncidence un possible clin d’œil du destin : apprendre sa distinction dans la salle d’audience numéro 600, théâtre des procès de Nuremberg. Elle a dédié son prix à toutes les personnes ayant survécu à des crimes internationaux. À l’adresse des responsables politiques, elle a rappelé qu’ils sont tenus par la loi de garantir le respect des droits humains et d’éviter la guerre, quelles que soient leurs autres considérations morales.
Cette annonce est la cinquième de la saison, après la médecine, la physique, la chimie et la littérature. Le prix d’économie, qui ne compte pas parmi les Nobel historiques, sera dévoilé le lundi 12 octobre.
De Durban aux juridictions internationales
Navi Pillay voit le jour à Durban le 28 septembre 1941, dans un foyer modeste : son père conduisait des bus. Elle grandit sous l’apartheid, étudie le droit dans son pays, puis complète sa formation par deux diplômes supérieurs, master et doctorat, décrochés à Harvard. Son itinéraire, que retrace notamment Midi Libre, compte plusieurs premières historiques.
- Elle ouvre son propre cabinet au Natal, une première pour une femme non blanche dans cette province, et plaide pour des opposants à l’apartheid.
- Elle fait accorder un accès à des avocats aux détenus politiques de Robben Island, la prison de Nelson Mandela.
- D’après Le Monde, elle entre comme première femme à la Haute Cour sud-africaine, et elle est élue juge du Tribunal pénal international pour le Rwanda.
- Recommandée par Mandela, elle y siège huit ans, dont quatre en qualité de présidente.
- Elle passe à la CPI, installée à La Haye et récemment créée.
- Elle exerce comme haute-commissaire de l’ONU chargée des droits de l’homme.
Elle est désormais l’une des juges de la CIJ, qui examine l’accusation de génocide portée contre la Birmanie.
Un prix décerné dans un climat tendu
Navi Pillay a dirigé la commission d’enquête indépendante créée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les territoires palestiniens. En septembre 2025, cette commission, dont les positions n’engagent pas l’ONU elle-même, a conclu à un génocide commis par Israël à Gaza. Israël a rejeté le rapport en le jugeant « biaisé et mensonger ». Selon Le Monde, la lauréate déplore avoir été traitée d’antisémite depuis cette conclusion.
Des mandats d’arrêt visant Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant, ex-titulaire de la Défense, ont été lancés par la CPI en 2024 ; aucun n’a été appliqué. Donald Trump a depuis sanctionné plusieurs juges, procureurs et agents de la Cour, avant d’inviter le mois dernier les États membres à la quitter.
Le président du comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes, a souligné que la lauréate a joué un rôle décisif pour que crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide soient poursuivis en justice. Dans son communiqué, le jury estime qu’à l’heure où les conflits se multiplient, le droit international est devenu une nécessité, et non plus un simple complément de la paix et de la sécurité.
Félicitations et critiques
- Le chef de l’ONU Antonio Guterres, Ursula von der Leyen, qui dirige la Commission européenne, Tomoko Akane, à la tête de la CPI, et le président sud-africain Cyril Ramaphosa ont salué le choix du comité. La France a elle aussi exprimé sa satisfaction.
- D’après franceinfo, Shabia Mantoo, qui s’exprime pour le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, y voit la preuve de l’utilité des droits humains. L’Autorité palestinienne a elle aussi félicité la lauréate.
- Le ministre israélien des Affaires étrangères a jugé que ce prix cautionnait l’animosité et les préjugés visant Israël. Sur X, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a accusé le comité d’avoir « perdu sa boussole morale ».
Navi Pillay devient la cinquième Sud-Africaine primée, après Albert Lutuli en 1960, Desmond Tutu en 1984, puis Nelson Mandela et Frederik de Klerk en 1993. C’est aussi la douzième fois que la distinction revient à un lauréat ou à une organisation originaire d’Afrique.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Antônio Cruz (Agência Brasil). Licence : CC BY 3.0.